Les comics Divinity : une traduction signée Stéphane Le Troëdec

Publié le 21 novembre 2018
Les comics Divinity sont traduits par Stéphane Le Troëdec. Divinity © Valiant et © Bliss Comics pour la VF. Divinity © Valiant et © Bliss Comics pour la VF.

Les comics Divinity (et leur suite Eternity) ont été traduits par Stéphane Le Troëdec. Cette série Valiant publiée chez Bliss Comics développe les aventures du personnage de Divinity, héros original et surpuissant. Nous avons interrogé Stéphane à propos de sa traduction.

Stéphane, tu es le traducteur des comics Divinity et Eternity. Peux-tu nous parler du personnage ?

Stéphane Le Troëdec : Divinity raconte les aventures d’Abram Adams, un orphelin noir élevé en Union Soviétique au plus fort de la Guerre froide. Abram s’avère être un élève brillant, et il est rapidement repéré pour participer à un programme d’exploration spatiale. Accompagné de deux autres cosmonautes, on l’envoie aux frontières de l’espace. Ce qu’il y trouve bouleverse complètement sa vie. Je ne vous dirai pas quoi, pour préserver la surprise. À l’issue de cette rencontre, Abram Adams se retrouve avec des pouvoirs qui font de lui un dieu. Il décide alors de rentrer sur Terre. Problème : une cinquantaine d’années se sont écoulées, et le monde a bien changé depuis son départ. Surtout, comment vont réagir les grandes puissances du monde à l’arrivée d’un être aux pouvoirs divins ?

Quels sont les difficultés que tu as rencontrées dans ton travail de traduction des comics Divinity et Eternity ?

Stéphane Le Troëdec : Quand on m’a confié la traduction de Divinity, on m’a dit : « tu vas voir, c’est une série hors norme ! ». Après avoir lu les premiers épisodes, j’ai vite compris pourquoi. Matt Kindt, le scénariste, écrit une saga cosmique moderne avec plusieurs niveaux d’interprétation. On peut lire Divinity comme un récit de SF et de super-héros, avec des bastons titanesques et un suspense incroyable. Il y a déjà de quoi prendre son pied. Mais dans Divinity il y a aussi une dimension quasi philosophique très subtile. En tout cas, Divinity peut amener le lecteur à se poser des questions. Du coup, il faut trouver le ton juste pour ne pas perdre le lecteur, tout en traduisant les clés de compréhension que Matt Kindt a glissées dans son texte. Du travail d’orfèvre. L’autre problème a été de trouver les mots justes pour traduire certains noms imaginés par Matt Kindt, comme des noms de concepts ou de factions. Globalement, je suis assez satisfait de mon travail. Je l’ai relu pour me préparer à cette interview et la traduction n’alourdit pas le texte, l’histoire « coule » bien.

Le personnage de Divinity est très différent de ce qu’on a l’habitude de lire dans les comics de super-héros ?

Stéphane Le Troëdec : En effet, Divinity, c’est un peu le Beyonder de Marvel mais dans l’univers Valiant, et qui serait du côté des héros. J’ai trouvé le destin de ce personnage très touchant : il passe toute sa jeunesse à préparer un voyage à l’autre bout de la galaxie, il y survit, récupère des pouvoirs affolants, revient sur Terre, et au final, c’est pour découvrir qu’il n’est plus à sa place dans notre société. Abram Adams (notez les références religieuses rien que dans son nom et prénom) est surpuissant, mais cela ne le rend en fin de compte pas plus heureux que vous et moi. Traduire sa détresse, son désespoir, ça été un beau moment pour moi en tant que traducteur.

Y a-t-il un album en particulier que tu as préféré traduire ?

Stéphane Le Troëdec : Dans les comics, j’aime beaucoup les concepts d’univers alternatifs. Je pense notamment aux différentes Terres chez DC Comics ou aux différentes dimensions de Marvel. Donc, sans surprise, j’ai beaucoup aimé le tome 3 intitulé Stalinevers. Pour résumer la situation, tout l’univers Valiant a été transformé. L’Union Soviétique est sortie vainqueur de la Guerre froide, et règne dorénavant sur la planète entière. La plupart des personnages Valiant ignorent même qu’ils sont des héros. Pas mal de dialogues et de répliques m’ont éclaté, dans cet album. Divinity joue bien entendu un rôle important dans ce Stalinevers, mais j’ai beaucoup aimé donner une voix à d’autres super-héros comme Ninjak, ou bien encore la version maléfique et communiste de la Justice League façon Valiant. Oui, ce sont de bons souvenirs.

Quelles sont tes méthodes de travail ?

Stéphane Le Troëdec : L’éditeur m’envoie un fichier PDF contenant les épisodes à traduire. Je commence par lire une première fois l’ensemble, pour me faire une première idée de l’intrigue générale. Même si je connais les épisodes, je les relis. C’est une étape importante. C’est à ce moment-là que je note les difficultés, les références à creuser, les questions éventuelles à poser à l’éditeur (sur le niveau de langage, par exemple). Quand j’imagine une réplique ou un dialogue qui sonne bien, je les note aussi, on ne sait jamais, ça peut toujours servir après. Ensuite, je laisse reposer ces idées une journée ou deux. Puis, j’attaque la traduction en elle-même, bulle par bulle. Il m’arrive parfois d’aller chercher une référence ou une traduction dans un vieux Strange ou dans une encyclopédie. Internet aide aussi beaucoup. J’aime bien que mes traductions soient raccord avec celles des autres, que ce soient des traductions récentes ou anciennes. Une fois que j’ai terminé, je relis l’ensemble, généralement à voix haute pour m’assurer que les dialogues sonnent correctement. Puis je relis plusieurs fois le texte pour traquer les fautes d’orthographe et de grammaire.

Merci, Stéphane. Rendez-vous pour une prochaine adaptation de comics via l’agence de traduction de bande dessinée MAKMA !