Comment travaille le traducteur de comics Benjamin Viette

Publié le 28 novembre 2019
Benji Viette raconte comment travaille le traducteur de comics qu'il est au sein de MAKMA. Comment travaille le traducteur de comics Benjamin Viette ?

Comment travaille le traducteur de comics ? Pour en savoir davantage sur ce métier de l’ombre de la bande dessinée, nous avons demandé à Benjamin Viette de nous parler de ses missions d’adaptation de BD étrangères vers le français.

Benji, depuis combien de temps collabores-tu avec le studio MAKMA ?

Benjamin Viette : J’ai fait la connaissance du studio MAKMA à la fac. Je cherchais un stage dans le domaine de la traduction, et j’ai contacté Edmond Tourriol après avoir regardé le nom des traducteurs de mes comics préférés. Donc, ça doit faire quatre ans, maintenant, que je « travaille » pour le studio. J’ai fait deux stages, un en première année de Master et un en seconde, sachant que j’ai assuré quelques traductions entre-deux. Et je collabore avec MAKMA à plein temps depuis la fin de mes études !

Comment as-tu appris à traduire ?

Benjamin Viette : À l’école, je dirais ? J’avais déjà eu des traductions à faire au lycée, et ça m’avait plu. Je suis parti à la fac pour faire du commerce international, mais j’ai vite été découragé par les sciences économiques (je venais d’un bac littéraire). Je me suis tourné vers un cursus de traduction dès la seconde année de licence, puis vers un master spécialisé.

Après, je pense que l’apprentissage de la traduction passe beaucoup par la lecture. En anglais (pour l’aspect compréhension, qui me paraît évident), dans un premier temps, mais aussi, et surtout, en français.

Quel rôle et quelle influence le traducteur Edmond Tourriol a-t-il joué dans ta manière de procéder ?

Benjamin Viette : Edmond a joué (et joue encore, en un sens) le rôle de Maître Jedi, pour moi. C’est lui qui m’a confié mes premières traductions de comics, dès mon premier stage avec MAKMA, puis il m’a aidé à rencontrer des éditeurs pour lesquels je travaillais déjà ou, dans le cas contraire, pour lesquels je travaille aujourd’hui, comme Panini ou Urban Comics, par exemple.

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C’est lui qui m’a appris à traduire de la BD (des choses toutes bêtes, comme le format que je devais donner à mon fichier texte, ou les onomatopées, par exemple).

Quel est ton credo, ta manière de traduire ? Comment travaille le traducteur de comics que tu es ?

Benjamin Viette : Je ne sais pas si je fais quelque chose de particulier. Je pense qu’on est tous un peu pareils (enfin, je l’espère !). Traduire de la bande dessinée, c’est traduire beaucoup de dialogues. Selon moi, il faut se mettre dans la peau des personnages. Untel va être un peu familier alors qu’untel sera plus réservé, ou formel. Ça demande une certaine forme d’empathie, aussi. On se met à la place des personnages, et ils peuvent presque devenir grossiers, s’il leur arrive un truc horrible.

Sinon, j’essaye d’aller au plus simple (sauf si la situation ou le personnage exigent un texte compliqué, disons), et de faire des phrases logiques qui se lisent facilement.

Qu’est-ce qu’un bon traducteur, selon toi ?

Benjamin Viette : Pour être un bon traducteur, il faut rendre toutes les nuances d’un texte. Ce n’est pas toujours facile, c’est même parfois impossible, mais on reconnaît souvent un bon traducteur quand on ne le voit pas. Quand on referme le bouquin, et qu’on se dit « au fait, c’était une traduction ou le texte original, ça ? », en gros, on tient un bon traducteur.

Comment travaille le traducteur de comics qui doit adapter des jeux de mots ou des éléments provenant d’une autre culture, voire des mots qui n’ont pas d’équivalent en français ?

Benjamin Viette : Le problème des jeux de mots, c’est qu’ils ont un aspect visuel, dans la BD, qu’ils n’ont pas dans un roman. C’est-à-dire que si l’auteur veut faire pleuvoir des chats et des chiens dans la BD, il peut demander au dessinateur de faire pleuvoir des chats et des chiens. Et on ne peut pas écrire « il pleut comme vache qui pisse » quand il tombe des chats et des chiens dans la case. Je ne suis encore jamais tombé sur des cas impossibles à résoudre (du moins, je n’en ai pas souvenir), donc, la plupart du temps, j’arrive à trouver une pirouette pour garder un élément humoristique dans mon texte.

J’essaye toujours de conserver les éléments provenant des autres cultures. Je trouve que c’est une partie importante du livre. Il ne faut pas oublier que Superman est américain (plus qu’il n’est kryptonien, même). Je ne le vois pas nous parler des programmes de télé français, par exemple. Alors s’ils restent assez connus en France (comme Fear Factor, disons), je n’y touche pas. Dans le cas contraire, j’essaye de trouver un équivalent plus connu ou de le généraliser (ça pourrait donner « Je peux regarder mon émission de cuisine » à la place de « Je peux regarder [insérer ici émission de cuisine absolument pas connue en France] », par exemple).

Quant aux mots qui n’ont pas d’équivalent en français, je les décortique. En cherchant la racine ou le sens de tous les mots qui les composent, j’arrive souvent à trouver quelque chose. Quelque chose qui sonne bien si je me creuse les méninges et que j’en sors tous les synonymes ou que je m’éloigne un petit peu.

Après, tout ça, c’est du cas par cas, je dirais. Les réponses peuvent bien évidemment changer, notamment parce que, comme je le disais, il y a des chances pour que tout ce qu’on lit dans les bulles se retrouve dans la case suivante. Des fois, on fait avec ce qu’on a.

Merci, Benji, de nous avoir expliqué comment travaille le traducteur de comics que tu es !

Quand il n’est pas en train de traduire des comics américains comme T.M.N.T. ou Shazam, Benjamin Viette écrit également des articles sur le site pop/geek Superpouvoir.com !