L’Équipe Z : confidences autour d’un shōnen

Publié le 25 juin 2015
L'équipe Z : un shōnen manga de foot dont l'action se déroule en France, à Bordeaux ! L'équipe Z © Edmond Tourriol, Daniel Fernandes, Albert Carreres.

Aujourd’hui, nous allons discuter shōnen. En effet, les interviews décalées de nos scénaristes, c’est fini ! Nous avons pris le temps de réaliser un entretien à caractère informatif, avec des réponses mûrement réfléchies.
Edmond Tourriol et Daniel Fernandes, vous l’avez compris, sont des fans de foot et de shōnen . Alors, il a suffi de poser une caméra chez nos amis de Pulp’s Bordeaux, et de la laisser tourner, pour qu’ils nous parlent de leur passion !

Sur le sujet, ils sont intarissables !

Depuis Captain Tsubasa, peu de mangas de football ont réussi à percer en France. C’est difficile de faire un shōnen sur le foot ?

Edmond Tourriol : Difficile, je ne sais pas. Il y en a eu beaucoup, quand même. Ensuite, c’est le succès qui est difficile. Olive et Tom a cartonné en France, car il est arrivé à la télé à l’âge d’or du dessin animé japonais.

La fin des années 80, c’était le paradis ! Très peu de chaînes de télé, donc peu de concurrence, tout le monde regardait. C’était le premier manga de foot qu’on avait en France, il a clairement comblé un vide. Les autres sont arrivés après, et la comparaison n’a pas toujours été facile.

L’Équipe Z se démarque clairement de nos prédécesseurs, puisque l’histoire se déroule en France, notamment à Bordeaux. Pour le lecteur, c’est un plus. En tout cas, ça m’aurait fait rêver d’avoir ça quand j’étais gosse !

Daniel Fernandes : C’est de ce postulat de départ qu’on est partis : comment faire un manga de foot, aujourd’hui, sans avoir l’impression de céder à la nostalgie des chefs-d’œuvre japonais avec lesquels on a grandi ? Facile : notre manga se situe en France, dans un contexte franco-français.

Après tout, on est des passionnés de foot et on a la chance de vivre dans un pays où c’est le sport numéro 1 (contrairement au Japon où il arrive après le base-ball) et dans une ville qui possède l’un des cinq ou six plus grands clubs de France : Bordeaux. On s’est dit qu’on pouvait mixer tout ça, pour pondre le manga dont on rêve depuis qu’on est gosses.

Lisez-vous d’autres shōnen de sport ?

ascension
Ascension, un manga sur l’escalade, c’est possible ! (capture d’écran)

Edmond Tourriol : J’en ai lu une grande quantité, oui, à commencer par Hand 7, le manga de handball que dessinait Albert Carreres, sur un scénario de Sébastien Célimon, dans la collection Shogun des Humanos. Toujours dans le hand, je citerai aussi Team Handball, un euromanga, chez Kotoji.

J’ai lu plusieurs mangas de foot : Whistle, Angel Voice, Prince Eleven… mais pas que du foot, avec notamment le Prince du Tennis, ou encore Kuroko’s Basket. Ascension, aussi, un manga sur l’escalade.

En fait, les mangas de sport, c’est pas ce qui manque !

Daniel Fernandes : Outre ceux cités par Ed, dans des styles très différents, j’ai adoré Eyeshield 21, un manga délirant sur le football américain, bourré d’idées géniales, ou Rookies, qui aborde le base-ball sous un angle plus réaliste, avec une approche de la relation professeur-élève que l’on a déjà pu apprécier dans GTO. Noritaka, aussi, sur les arts-martiaux, fait partie de ces découvertes qui m’ont plongé dans les mangas depuis des années.

C’est quoi pour vous la bonne alchimie d’un shōnen de sport ?

Daniel Fernandes : Le héros de shōnen a un but à atteindre et pour l’atteindre, il doit se dépasser, se sublimer. Ça passe toujours par une évolution personnelle, intérieure ou relationnelle, où le personnage principal finit par grandir et s’affirmer. Mais ce que j’aime le plus, c’est quand on arrive à brouiller un peu les pistes dans un genre ultra-codifié.

Edmond Tourriol : Les ingrédients sont connus : des personnages plus grands que nature, des situations épiques à retourner, une bande de copains, un sort qui s’acharne sur le héros, une émulation entre ce dernier et son rival, du suspense, de l’action… Ensuite, tout est une question de dosage, et c’est ça, le plus difficile !

Daniel Fernandes : Dans L’Équipe Z, au-delà de la bande de potes, il y a surtout deux personnages principaux, très différents et finalement aussi bien compagnons que rivaux, tant au niveau sportif qu’amoureux. Il est établi dès le départ que l’un des héros ne pourra pas atteindre tous ses objectifs, et ce en raison de la simple existence de l’autre. J’aime le piment que ça met dans les relations entre les personnages.

Le tennis, le handball et le volley ont été adaptés en manga, et en animé. Quels sports vous semblent impossibles à faire en shōnen sportif ?

Edmond Tourriol : La danse. Le hip-hop. Le patinage artistique. Tout ce qui a besoin d’être soutenu par une bande son. Parce que le manga est un medium purement visuel. J’imagine que ça doit exister, mais bon, il doit manquer quelque chose.

Zeitnot, un shōnen manga sur les échecs (collection Shogun) : les aventures de la jeune lycéenne Tristana Thibert dans le club d'échecs de son lycée. Un shōnen manga de la collection Shogun.
Zeitnot © Edmond Tourriol.

Je suis sûr qu’un manga sur le golf ou le curling pourrait rendre ces disciplines passionnantes pour les profanes. Tiens, au début de ma carrière de mangaka, j’ai écrit Zeitnot, un manga sur les échecs. Et les non-joueurs ont tout à fait accroché à l’histoire.

Daniel Fernandes : Il suffit de voir la qualité d’un manga comme Yakitate Japan pour comprendre qu’il est possible de traiter de tout dans un shōnen, pourvu qu’il y ait du talent à la baguette. C’est quand même un manga sur la boulangerie, et ça arrive à être souvent aussi passionnant qu’un bon shōnen de sport !


Et voilà ! Vous connaissez mieux Edmond Tourriol et Daniel Fernandes, à présent. Alors n’attendez plus pour découvrir leur prochain livre :