Absolute Martian Manhunter, une traduction de Mathieu Auverdin
Avec Absolute Martian Manhunter, Deniz Camp et Javier Rodríguez livrent une interprétation audacieuse et déroutante d’un personnage pourtant bien installé dans l’univers DC. Loin des codes classiques du super-héros, cette mini-série adopte une approche résolument psychologique, sensorielle et parfois dérangeante, portée par une mise en scène graphique hypnotique.
Dès sa sortie, le premier tome a suscité une réception critique très enthousiaste, saluant à la fois l’originalité du propos et l’identité visuelle forte de l’album. Publié en France par Urban Comics et traduit par Mathieu Auverdin, Absolute Martian Manhunter s’impose comme une lecture exigeante, qui interroge autant la nature du héros que celle de l’humanité elle-même.
Absolute Martian Manhunter : l’attrait du projet pour Mathieu Auverdin
Mathieu Auverdin : Il y a quelques mois, j’ai eu le plaisir de traduire Absolute Martian Manhunter tome 1 pour Urban Comics, qui vient de sortir récemment.
Cette mini-série en six épisodes qui a rapidement été prolongée en douze au vu de la réception critique m’intéressait et m’intriguait énormément. M’intéressait, car j’adore le travail du dessinateur Javier Rodríguez et j’avais vu sur les réseaux sociaux ses magnifiques planches. M’intriguait car ces dernières étaient souvent psychédéliques et la critique américaine était assez dithyrambique. Mais ne connaissant presque pas le travail du scénariste Deniz Camp, je n’avais pas d’idée préconçue sur ce que ça donnerait sur le plan scénaristique. De plus, cette série met en avant un personnage certes connu, mais souvent relégué au second plan. Je me disais donc qu’il y avait de quoi faire quelque chose d’original et intéressant.
Absolute Martian Manhunter : une vision psychique et dérangeante du héros
Mathieu Auverdin : Et j’ai (ainsi que les autres lecteurs) été servi. Cette version absolute du personnage se détache énormément de la version classique. Ici, pas de héros capable de voler, de se métamorphoser, doté de capacités télépathiques… voire même pas de martien. En tout cas, pas physiquement. Ici, le martien en question est une entité psychique qui “loge” dans l’esprit de John Jones, un agent du F.B.I. qui a survécu a une explosion. On peut donc se demander dans les premiers épisodes si John Jones n’a pas des séquelles psychologiques ou ne perd pas tout simplement la raison.
Deniz Camp joue bien sur cette ambiguïté au début. Le fait d’avoir fait du Limier Martien une entité psychique permet aussi à Deniz Camp de plonger John Jones dans les pensées de ses concitoyens. Le scénariste en profite ainsi pour explorer la psyché humaine puisque John Jones et le Martien sont confrontés à un Martien Blanc, une autre entité psychique, qui pousse les gens dans la violence, la folie et la paranoïa. En gros, Camp grossit ce trait pour nous montrer ce qu’il y a de pire chez l’être humain : des voisins qui se livrent une véritable guerre pour quelques mètres carrés de terrain, alors qu’ils se connaissent et s’apprécient, des gens qui s’amusent à tuer des animaux…

Un défi de traduction à la hauteur de l’ambition de la série
Mathieu Auverdin : D’un point de vue traduction, j’ai pris énormément de plaisir sur ce livre qui a aussi été un beau défi. L’histoire de Camp oscille donc entre moments psychédéliques, réflexions horribles lorsqu’il décrit les exactions de simples citoyens d’une ville ayant basculé dans le fantastique, et instants touchants quand John Jones se débat pour éviter que sa vie de famille ne vole en éclats. Ces différents plans nécessitaient donc un vocabulaire et des intonations différents.
Ça a aussi été un défi, parce que comme je l’ai dit, Camp ne se prive pas pour décrire des concepts psychédéliques ou barrés pour nous plonger dans cette guerre se déroulant sur le plan mental. Ses idées sont donc parfois compliquées à appréhender. Par ailleurs, le Martien découvre notre monde et notre langage. Donc il n’emploie pas forcément les bons mots ou mélange les concepts. Il m’a donc parfois fallu trouver des astuces pour rendre ce décalage.
C’est donc une série très intéressante et exigeante sur laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir à me triturer les méninges.