Interview de Quentin Belmekki, traducteur du webtoon Foutue Romance

Publié le 05 mars 2021
Quentin Belmekki, traducteur du webtoon Foutue Romance. Quentin Belmekki, traducteur de comics et de webtoons.

Traducteur du webtoon Foutue Romance, Quentin Belmekki , s’occupe de l’adaptation anglais-français  de cette série. Ce jeune diplômé en littératures et cultures anglophones a déjà à son actif la traduction de l’ensemble des chapitres disponibles sur l’application Webtoon de Naver. Quentin a accepté de répondre à nos questions sur son activité linguistique.

Salut Quentin. Peux-tu nous parler de ton travail d’adaptateur de BD numérique ?

Quentin Belmekki : Eh bien, je suis le traducteur du webtoon Foutue Romance qui vient de s’achever après soixante-dix-neuf chapitres. Dans le cadre de ma mission, je dois prendre tout ce qui est écrit dans les bulles de la BD, et les traduire en français, que ce soient des paroles, des pensées ou des onomatopées. Quand Edmond Tourriol m’a contacté pour me demander de traduire ce webtoon, je ne savais pas à quoi m’attendre. Et puis, en lisant le premier chapitre, j’ai su que j’allais me régaler, le personnage principal est une jeune femme pleine de vie, drôle, profondément humaine et contemporaine. Elle parle comme nous, mange comme nous, et au fur et à mesure des saisons, devient un personnage complexe, presque torturé sur certains points. On apprend qu’elle est traumatisée, et elle se bat pour surmonter ce traumatisme, ce qui est un véritable message d’espoir pour certains lecteurs ou certaines lectrices qui vivent le même genre de choses.

Quels sont les aspects agréables du métier de traducteur de webtoon ? Et les moins agréables?

Quentin Belmekki : Le plus agréable pour moi c’est le challenge que représente la traduction de BD. On est bien loin de la traduction littérale : certaines expressions anglophones n’existent pas en français, il faut donc trouver des équivalents. Pareil pour les références à la pop culture. Par exemple, récemment, j’ai eu à traduire pour qualifier un personnage fou d’amour, une référence à Beyoncé (Crazy in love) qui n’est pas forcément compréhensible en France et que j’ai donc remplacée par une référence à Johnny Hallyday (Fou d’amour). Il faut donc pouvoir se détacher du texte pour garder les idées et les transposer dans la langue d’arrivée. Et le moins agréable, c’est d’arriver à la fin de la série. Je ne pensais pas que ça m’affecterait autant, mais traduire « la fin », ça fait vraiment quelque chose.

Quelles qualités pour devenir le traducteur du webtoon Foutue Romance ?

Quelles sont les qualités qui te semblent nécessaires pour bien traduire un webtoon ?

Quentin Belmekki : La première qualité à avoir quand on est traducteur, peu importe les langues qu’on traduit, c’est la maîtrise de ces langues. Il faut être capable d’écrire et de comprendre parfaitement les deux langues. Au-delà de ça, il faut aussi maîtriser la culture des pays dont viennent les langues. Comme je l’ai dit plus haut, il faut pouvoir comprendre une référence culturelle du pays de départ et la remplacer par une référence culturelle du pays d’arrivée, donc il faut comprendre plus que la langue. Ensuite il faut aimer lire et traduire, évidemment.

Quelles sont les conditions de travail d’un traducteur de bande dessinée numérique ?

Quentin Belmekki : Je travaille chez moi dans les conditions idéales pour traduire : de la musique dans les oreilles et du café à proximité ! Quand je suis en avance sur le planning, je travaille un peu quand je veux. Quand je m’approche d’une date butoir, je fonce. Un chapitre me prend toujours plus ou moins une heure à faire, entre les lectures, la traduction et la relecture. Par exemple, sachant que Foutue Romance paraissait au rythme d’environ un chapitre tous les cinq jours, je dirais que je travaillais environ deux heures par semaine sur cette série.

Freaking Romance : une série adaptée par Quentin Belmekki, traducteur du webtoon Foutue Romance.
Extrait du webtoon Foutue Romance.

 

Quel est ton parcours professionnel ?

Quentin Belmekki : Pendant mon master de recherche en littératures et cultures anglophones, j’ai fait pas mal de petits boulots, dont un seul qui se servait de mes compétences en anglais : guide bilingue dans un musée. Quand je travaillais dans ce musée, on avait besoin d’un traducteur pour des flyers et des films promotionnels. Je savais déjà que je voulais être traducteur à l’époque et donc je me suis porté volontaire. C’est avec cet exercice que j’ai découvert que j’en étais capable.

Quel conseil donnerais-tu à un débutant dans le domaine de la traduction professionnelle ?

Quentin Belmekki : Lisez un maximum. Et pas seulement dans la langue que vous voulez traduire. Lisez dans les deux langues. Un des gros problèmes que j’ai rencontrés en rentrant à l’université, c’est qu’à force de lire et d’écrire tout le temps en anglais, mon niveau de français baissait. J’ai pu y remédier en me remettant à lire et à écrire en français.

Qu’as-tu fait comme formation durant tes années de lycée ?

Quentin Belmekki : Au lycée, j’ai fait une première et une terminale L. J’ai obtenu mon Bac avec mention, mais uniquement grâce aux épreuves d’anglais. Je n’étais pas très bon au lycée, à part en langues. Mes notes de français et d’anglais m’ont permis d’obtenir une mention et m’ont aussi éclairé sur le chemin que j’emprunterais à l’université : l’étude de la culture et de la langue anglaise.

Y a-t-il un rapport entre tes études et ton métier ?

Quentin Belmekki : Absolument. Mon amour des langues me permet de traduire et en même temps, la traduction me montre un peu plus chaque jour à quel point les deux langues sont riches, et me pousse donc à les étudier encore plus.

Exerces-tu le métier dont tu rêvais entre 15 et 18 ans ?

Quentin Belmekki : Pas vraiment, non. Entre 15 et 18 ans, j’ai d’abord voulu être avocat. Puis le Bac est arrivé, l’anglais l’a emporté, et à 18 ans, je voulais être prof d’anglais. C’est au milieu de ma deuxième année universitaire que j’ai décidé de devenir traducteur.

L’élément déclencheur dans la carrière d’un traducteur de BD

Y a-t-il eu un événement déterminant dans le choix de ton métier ?

Quentin Belmekki : J’ai commencé à m’intéresser à la traduction à l’université car j’avais des cours à ce sujet. Donc j’ai décidé de m’intéresser aux studios de traduction qui me permettaient de découvrir les histoires de mes héros préférés depuis que j’étais enfant. Un soir, en lisant un comic book, je me suis demandé qui l’avait traduit. J’ai regardé dans les mentions à la fin du livre, et j’y ai vu « Studio MAKMA ». Ce soir là, j’ai sorti tous mes comics Urban de ma bibliothèque et j’ai regardé. MAKMA revenait quasiment systématiquement. C’est donc ce soir-là que j’ai décidé que je serais traducteur de comics en particulier, et surtout, chez MAKMA, grâce à qui ma bibliothèque était pleine à craquer.

Aurais-tu une petite anecdote à nous raconter ?

Quentin Belmekki : Eh bien justement, le fameux soir de ma découverte de MAKMA, j’ai décidé d’envoyer un e-mail au studio pour demander simplement comment ça se passerait si un jour j’avais envie de rejoindre l’équipe, après l’obtention de mon master (je n’étais qu’en licence à ce moment-là). J’ai reçu une réponse très rapide d’Edmond Tourriol, cofondateur de MAKMA. Il me disait qu’il n’avait pas de place de libre dans son équipe pour l’instant. Cependant, mon e-mail avait dû le marquer, parce que quelques mois plus tard, j’ai reçu un autre e-mail de lui, qui me disait qu’il allait avoir une grosse commande de traduction qui arriverait bientôt et qu’il aurait besoin d’agrandir son équipe de traducteurs. Après des mois et des mois à échanger par e-mail, il m’a finalement dit que la commande était arrivée et que j’étais en charge d’une série. C’est ainsi que je suis devenu le traducteur du webtoon Foutue Romance. Ce que je trouve fou dans cette histoire, c’est qu’alors que je n’étais qu’un étudiant qui demandait comment faire pour rejoindre l’équipe dans plusieurs années, j’ai été retenu et on m’a donné une chance, ce qui est extraordinaire en soi. Morale de l’histoire, n’ayez jamais peur de tenter votre chance, on ne sait jamais ce qui peut arriver de dingue quand on essaye !

Quentin Belmekki traduit le webtoon Foutue Romance (Naver).
Extrait adapté par Quentin Belmekki, traducteur du webtoon Foutue Romance.